CAJT-Collectif des Amis de James Taylor
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Michel Delpech: James Taylor, maître à chanter...

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Retranscription d'un tchat entre Michel Delpech et les internautes organisé par Télérama le 24 janvier.



Michel_Delpech : Bonjour.

ALAN : Comment avez-vous choisi les chanteurs qui vous accompagnent sur l'album de reprises ? Est-ce que ce sont des copains ? Qui a choisi les titres en fonction des partenaires de duo ?

Michel_Delpech : Hormis Bénabar, aucun des chanteurs n'est un ami personnel. Tout s'est donc fait par management interposé. Quelques artistes s'imposaient à mes yeux pour certaines chansons : Alain Souchon pour "Quand j'étais chanteur", Laurent Voulzy pour "Wight is Wight", Francis Cabrel pour "Le Loir et Cher". Ils ont accepté immédiatement pour ma plus grande joie. Quant aux autres, ce fut une sorte de puzzle qui s'est mis en place. On a donné plusieurs titres à choisir aux uns et aux autres, et peu à peu l'album s'est fait comme ça. Je n'ai jamais voulu prendre quelqu'un en direct pour lui imposer quoi que ce soit. Sauf Bénabar, avec lequel j'entretiens une relation plus amicale. Il n'y a pas de grand absent. Certains ne pouvaient pas, par exemple Catherine Ringer.

H : Le succès de votre album de duos doit vous réjouir. Mais n'est-ce pas frustrant, malgré le bon accueil critique fait à votre précédent album, de voir que le public s'intéresse beaucoup plus à vos anciens succès ?

Michel_Delpech : Aucune frustration, parce que la relation que le succès établit avec le public est telle que cela dépasse toutes ces questions-là. Le succès de cet album permettra sans doute au précédent, qui avait eu un accueil critique excellent, de revivre. Mon coffret de cent chansons, mes compilations sont mis en exergue dans les Fnac, Virgin, etc., et se vendent bien. Il est donc probable que les chansons du dernier album, que j'aimais beaucoup, vont être plus connues. Je les chanterai en scène, et le temps fera son oeuvre. Il ne va pas y avoir au Rex que des vieilles chansons. Ce sera une fête avec quasiment une chanson sur deux qui sera un duo. On a annoncé au public que ce serait moi et les invités, on va donc jouer le jeu à fond.

festivaliere : Le festival de L'Ile de Wight que vous célébriez dans "Wight is Whight", vous y étiez ou pas ?

Michel_Delpech : Je n'ai jamais mis les pieds à l'île de Wight. J'ai eu l'idée de cette chanson en lisant dans L'Express le papier d'une assez grande journaliste, Danièle Heymann. Elle faisait un avant-papier sur le festival de l'île de Wight, qui n'était d'ailleurs pas très long, mais ce qui était annoncé m'a semblé très important, j'ai senti que c'était le point de départ d'un immense mouvement. J'ai donc fait la chanson.

MARC : "Il y a de la musique dans les haut-parleurs, tu m'embrasses au milieu des danseurs, et c'est moi le roi du bal..." C'est la chanson de vous que je préfère, et une des plus belles qui soient en général : est-elle autobiographique ? Plus généralement, peut-on trouver des traces de votre propre histoire dans ce que vous chantez ?

Michel_Delpech : En ce qui concerne cette chanson, aucune histoire personnelle là-dedans. C'est un rôle de composition. Par contre, on peut trouver des tas d'indices sur ma vie dans mes chansons. Rien n'est jamais parfaitement autobiographique, car la pudeur me l'interdit. Je ne veux pas exhiber l'intégralité de ma vie et de mes aventures. Mais on ne peut pas non plus faire sans cette matière première. Je n'ai pas assez d'imagination pour faire sans cela. Pendant une dizaine d'années, j'ai écrit avec un partenaire, Jean-Michel Rivat. Donc nos chansons étaient le fruit de nos expériences. Par exemple "Les Divorcés", c'est plutôt son expérience que la mienne. Le truc ne m'est arrivé que plus tard... Lui était en plein dedans. On se servait de nos vies pour avoir un petit point de départ. Pour "Quand j'étais chanteur", on déconnait sur nos vies de patachon. C'était une époque où la vie de chanteur était agitée.

Nathalie : Dans les années 70, le rock était synonyme d'excès par rapport à une variété officiellement bien propre sur elle. On sait aujourd'hui, à travers de nombreux témoignages dont le vôtre, que c'était loin d'être le cas. Ce décalage entre la réalité de ce que vous viviez et l'apparence à maintenir dans la presse, à la télé, etc. était-elle éprouvante ?

Michel_Delpech : C'était assez éprouvant. J'avais d'ailleurs fait une tentative un peu trop alambiquée avec une chanson qui s'appelait "Les Aveux", au tout début des années 1970, qui disait en substance : je ne suis pas celui que vous croyez. Evidemment, la chanson a été prise à un autre degré, comme une chanson d'amour et cela n'avait servi à rien pour rétablir mon image. Mais c'était assez éprouvant car j'avais une image un peu de gendre idéal, et je savais que ma propre vie était très loin de coller à ça. Donc il y avait quelque chose de troublant. Mais j'étais dans tout ça, dans cette image, donc j'arrivais à gérer. C'était comme ça. Mais au bout d'un certain temps, ça a craqué. Je pense que j'avais même une vie beaucoup plus dissolue que bien des gens dits du monde rock. Ce n'est donc pas une question de chanson, mais d'époque. Et j'étais plongé dans ma vie personnelle dans le rock. Je n'écoutais que ça. J'avais un disquaire aux Champs-Elysées qui, tous les matins, me préparait sa petite "came". J'y allais tous les matins, et il me faisait entendre tout ce qu'il y avait de plus sympa. Je passais des nuits entières à écouter des trucs. Je n'avais pas la sensation de tricher. J'étais tout ça à la fois. Mais je pense que mes chansons n'étaient pas propres sur elle. La preuve, c'est qu'elles marchent aujourd'hui.

Lili : A la fin des années 70, vous avez adapté en français plusieurs chansons de Paul Simon. C'est un modèle pour vous ?

Michel_Delpech : Tous les gens que j'ai adaptés sont des maîtres pour moi. J'avais adapté des choses de Paul Simon ,James Taylor, Elton John, qui sont encore aujourd'hui pour moi des références très importantes. La démarche était de traduire. C'était une époque où les chansons de ces gens-là ne passaient pas beaucoup en radio, en tout cas pas ce type de chanson-là. J'avais voulu faire un album de traduction en collant le plus près possible aux verrsions originales. Paul Simon, c'est une écriture très élégante. Cela ne provoque pas, en apparence, mais si on regarde bien, c'est dingue. C'est ça que j'aime. Une apparence de quiétude, de sérénité, alors que ça peut être des thèmes parfois très forts. En ça, c'est un maître. J'aime bien quand les gens écrivent avec pudeur et savent dire quelque chose de fort avec une forme douce. Et au niveau de l'écriture, les chansons d'Elton John, avec des paroles écrites par Bernie Taupin, étaient magnifiques aussi. Je considère l'album Good Bye Yellow Brick Road comme un des albums majeurs de la pop. Et James Taylor, maître à chanter, un des seuls à qui je ne devrais pas me frotter...

Marina : De toutes vos chansons, "Ce fou de Nicolas" est celle que je préfère (peut-être parce que je suis russe). Pourriez-vous raconter l'histoire de cette chanson ? Qui serait cette fameuse Maria Ivanovna ?

Michel_Delpech : C'est une chanson de pure fiction. C'était l'époque de l'URSS. Tous les personnages sont inventés. Il n'y a pas de Maria Ivanovna, à mon grand regret... car il faut tout essayer. C'est un peu l'histoire de Noureiev et d'autres, qui ont fait dissidence. C'était un phénomène lié à l'époque.

Johan : La tournée de Jean-Jacques Debout cartonne. Chantal Goya, Polnareff, vous... Les gens ne recherchent-ils pas la nostalgie pour répondre à une crise existentielle : "c'était mieux avant"?

Michel_Delpech : Je pense que la nostalgie nous habite tous plus ou moins. Cela ne veut pas dire que tout le monde pense que c'était mieux avant. Ce n'est pas aussi tranché. Je pense qu'il y a un plaisir à réentendre les chansons qu'on a entendus toute notre vie. Quant à mon album, ces chansons, qui étaient un peu dans un grenier, et qui sont d'un seul coup remises en avant avec des voix actuelles, comme celle de Cabrel ou Souchon, ça leur redonne un souffle. C'est basé effectivement sur une certaine nostalgie d'une époque, d'un certain genre de chansons. Je pense que ce n'est pas parce qu'il y a un effet nostalgie que cela veut dire automatiquement que c'était mieux avant. Mais l'effet nostalgie a toujours existé. Et il n'y a pas que ça qui marche. D'autres trucs actuels fonctionnent. Je pense que ce qui fonctionne le plus en ce moment, c'est le slam ou le rap. Là où il y a du Brel aujourd'hui, c'est dans le slam. Tout ce qu'il y a de neuf dans la chanson, c'est là que ça se passe. C'est là qu'il y a la flamme. Bénabar décrit la société d'aujourd'hui, par exemple, mais là où il y a la passion, c'est dans le slam et le rap. Le slam d'Abd Al Malik, c'est fabuleux. Même chez Diam's, dans un registre plus populaire, il y a beaucoup d'émotion, de passion. Il y a donc à la fois ce phénomène nostalgie avec des chansons traditionnelles, et puis l'émergence à haut niveau, avec une énorme vente de disques, de gens qui, il y a encore trois ou quatre ans, ne faisaient rien du tout.

joewood : Vous avez déclaré il y a très longtemps, sur une radio, que vous étiez très jaloux mais très intéressé par une chanson d'Etienne Daho, "Heure hindoue". J'aurais bien vu un duo avec lui, sur "Vue d'avion". Qu'en pensez-vous ?

Michel_Delpech : J'aurais beaucoup aimé avoir Etienne Daho sur cet album. Je n'ai pas réussi à le joindre. J'ai beaucoup de respect pour Daho, que je trouve non seulement excellent pour sa musique, mais aussi excellent chanteur. Les gens ne le voient pas parce qu'il n'a pas de coffre. Et c'est vrai que "Heure hindoue" ainsi que d'autres, et particulièrement "Sur mon cou" (musique de Daho, texte de Jean Genet) sont magnifiques. Et Daho, dans "Vue d'avion" ou autre chose, ça m'irait très bien. Cela me donne l'idée de le contacter pour essayer de l'avoir pour le Grand Rex.

Thomas : Connaissez-vous Delpech mode (les paroles de Michel Delpech et l’électro-pop de Depeche Mode) et leurs parodies ?

Michel_Delpech : Très sincèrement, ça ne m'inspire rien de particulier. Je ne veux pas leur casser leur coup, car malgré tout c'est gentil, il n'y a rien de désagréable là-dedans, mais ça me laisse dubitatif.

Johan : Quels sont aujourd'hui les ingrédients pour écrire une bonne chanson ? Brassens pouvait écrire sur un Auvergnat. Vous sur le Loir et Cher. On ne pourrait plus faire ça maintenant... Aujourd'hui, on ne semble parler que du malaise sociale des banlieues (ce que fait Diam's est très bien !), de ses propres maux avec les mots des autres. Qu'en pensez-vous ?

Michel_Delpech : Je pense qu'on peut parler de tout. On peut faire une chanson avec n'importe quel thème. Tout dépend de l'angle qu'on prend et de ce qu'on veut dire au fond. Ce n'est pas une chanson sur un Aurvergnat, "L'Auvergnat", c'est une chanson sur la générosité. En fait, on peut donc se servir de tout. Aujourd'hui on est dans une époque socialement très lourde, donc les chansons sont des buvards, elles épousent un peu l'époque. C'est peut-être une des explications du phénomène nostalgie, quand les chansons étaient plus légères. Mais je pense que tout ça est cyclique. Quand on en aura marre de décrire de façon très réaliste l'époque dans laquelle on vit, on mettra un peu plus de légèreté. Pour l'instant, on décrit ce qu'on voit, on fait une peinture réaliste et figurative. Et on passera ensuite à autre chose. Tout ça bouge.

Johan : Parmi vos nombreux standards, y en a-t-il un qui est particulièrement cher ? Et un autre qui vous pèse un peu ?

Michel_Delpech : Non, je n'ai pas d'allergie pour un de mes standards. J'aurais mauvaise grâce à en avoir. Et je retrouve toujours le plaisir de les chanter devant les gens. Comme ces standards vivent, qu'on les chante sur scène, on ne s'en fatigue pas. Une chanson que j'adore chanter est "Ce lundi-là". C'est celle qui me procure le plus de plaisir, de sensation. Je trouve qu'elle est très bonne, et je suis donc fier de la chanter.

Raphael : Quelle est la chanson, d'un autre, que vous auriez rêvé avoir écrit ?

Michel_Delpech : Il y en a des centaines. J'aurais aimé être toulousain et écrire "O Toulouse", de Nougaro. Quand on a écrit ça, on a gagné son paradis.

Sofiane : Michel, tu peux me présenter ta fille ?

Michel_Delpech : Cela dépend de ce que vous faites dans la vie...

DAPHNE : Je ne comprends pas pourquoi vous n'êtes pas reconnu en tant que sex symbol aujourd'hui. N'aviez-vous pas été classé parmi les playboys des années 70 ?

Michel_Delpech : Je n'ai pas le souvenir de ce genre de classement ! Mais je vais faire des demandes, je vais envoyer mes photos à qui de droit, pour essayer d'apparaître, ne serait-ce qu'à la 50e place...

Gérard Delpomme : Visiblement, Michel Delpech a eu un problème avec la bouteille. Il est devenu semble t-il, comme moi d'ailleurs, un "alcoolique abstinent" comme on dit. Michel, pouvez-vous nous parler un peu de ce problème qui semble vous avoir accompagné à un moment de votre vie ?

Michel_Delpech : Je n'ai jamais eu de problème "de bouteille". J'en ai eu d'autres, mais pas celui-là.

cecile : Avez-vous le sentiment d'être le même qu'avant ? De vous être métamorphosé ?

Michel_Delpech : La métamorphose, ce n'est pas pour nous, les êtres humains. Il y a des insectes qui font ça très bien, mais nous, ce n'est pas notre truc. On peut tout juste évoluer. Je pense qu'il y a une très grande différence entre l'homme que je suis aujourd'hui et celui que j'étais quand j'ai commencé à chanter. Je n'ai plus du tout les mêmes objectifs, ni les mêmes émotions ou les mêmes craintes.

Angelik_(FanMusik) : Le Stade de France samedi avec un mini-concert live avant le match, est-ce une répétition pour une éventuelle date au stade ?

Michel_Delpech : Pas du tout. C'est surtout une expérience. J'ai accepté parce que c'est amusant de faire ça pour Max Guazzini et pour le rugby, qui est un sport que j'aime bien. Mais pas de projet autre au Stade de France.

observateur_romano_1 : On a l'impression, en vous entendant tant sur scène que sur vos albums, que votre timbre de voix n'a pas changé d'un pouce depuis trente ans. Est-ce exact ?

Michel_Delpech : Je trouve qu'on ne peut pas dire ça. Ce qui est amusant, c'est que les gens ont cette impression, alors que ma voix a beaucoup changé. Mais ma voix n'est "belle" que si je suis dans un bon état d'esprit. Mon timbre de voix ne suffit pas, il faut que je sois pleinement investi dans ma chanson. C'est ça qui n'a pas changé. J'essaie d'être habité au moment où je chante, donc on a cette sensation que la voix est toujours la même. Il y a des chansons que je ne peux plus chanter dans la même tonalité qu'à mes débuts. Contrairement aux chanteurs à voix, c'est mon esprit qui dirige ma voix. Après le Grand Rex (bien après), je ferai un album d'inédits solo, sans autre intervenant.

flanby : Delpech, c'est votre vrai nom ?

Michel_Delpech : Eh oui ! Ca ne s'invente pas !
Telerama.fr - 24 Janvier 2007


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Some things never change and some things we don't ever want to change. Thankfully, James Taylor hasn't.
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